Section 18ème arrondissement Chapelle Goutte d'Or

Section du parti-socialiste de Paris

La chute du mur section CGO du PS. 26 novembre 2009

Par • 30 nov, 2009 • Catégorie: Coup de coeur / coup de gueule des militants

Pendant plus d’un siècle: la carte des luttes ouvrières et sociales a été le socialisme: l’idée d’une société non plus fondée sur l’argent, sur la concurrence, sur l’exploitation des hommes et des peuples. C’est avec cette carte là que se menaient  les luttes ouvrières, que se construisaient  les coopératives, que s’arrachaient  les protections sociales. Les socialisme transformait les luttes parcellaires en combat total, intégrait les colères et les révoltes particulières dans la marche d’une armée.

Nous sommes socialistes, nous n’avons plus de carte. C’est d’abord cela que signifie pour nous la chute du mur. La reconstruction d’une direction d’avenir est le plus difficile et le plus urgent. Si nous ne savons pas où nous allons, les actes militants deviennent pesants et les affrontements se réduisent à des querelles de personnes.

Quelques idées pour reconstruire.

D’abord nous débarrasser radicalement de ce qui a mené à l’horreur du socialisme réel dans les pays communistes. Les victimes du communisme subissent cette deuxième souffrance que représente l’absence de jugement pénal et politique et leurs anciens bourreaux, pour un certain nombre encore au pouvoir sous une autre étiquette. Elles subissent le harcèlement si elles cherchent la vérité dans la Russie de Poutine sur les crimes du bolchevisme. Qui n’a pas entendu parler de nostalgie, bon, c’était terrible, mais les gens avaient du travail, les crèches, les écoles, la santé, Cuba, quand même les gens ont appris à lire?

Voilà où j’en suis:

« On me parle de progrès, de réalisations, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au dessus d’eux-mêmes. Moi je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties…on me lance à la tête des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer. Moi je parle de millions d’hommes sacrifiés, arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse,  à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme »

Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, 1955.

Ce discours d’Aimé Césaire a été abondamment cité quand la droite proposait d’étudier le bilan positif du colonialisme. Mot pour mot il peut servir à déchiffrer ce qu’a été le communisme.

Ce travail sur les sociétés communistes est-il nécessaire? Oui. Parce qu’à la mesure de nos hésitations stratégiques, nous hésitons devant l’événement. Nous hésitons à rappeler que le mouvement socialiste international, en se plaçant pendant la guerre froide du côté des démocraties occidentales, a fait le bon choix et a contribué à la chute du communisme.

Important pour la suite. L’effondrement de l’empire soviétique permet la résurgence des utopies pré-léninistes. La fin peu glorieuse de la révolution d’octobre permet d’en glorifier le début de réhabiliter les coups de force, les théories avant-gardistes élitistes, les aventures, les solidarités internationales avec des adversaires résolus des principes démocratiques élémentaires. Il faut collectiviser la propriété, supprimer l’argent et le profit, attribuer aux plus pauvres et aux plus démunis les vertus politiques du prolétariat révolutionnaire d’antan.

Les difficultés que connait la social démocratie d’après la chute du système communiste tiennent pour une part à ce qu’elle est. La recherche de l’intérêt général, du compromis est toujours compliquée. La pression naturelle, est du côté du simplisme :  simplisme de droite: tout ce qui est intérêt collectif mène au goulag, ce qui est bon pour les riches est bon pour la société: simplisme de gauche: interdire les licenciements, nationaliser Total, célébrer le Che, Hugo Chavez, tous les rebelles et la grève générale. Il y a un bling bling néo communiste. Le Che sur les tee-shirts, Alain Badiou qui sacrifie joyeusement deux millions de Cambodgiens à ses invariants communistes, Eric Hazan et l’insurrection qui vient, le groupe Jolie môme qui chante « c’est pas dans les urnes, c’est dans la rue ».

La complexité nécessite un travail pédagogique, une tension de toutes les forces sociales, et c’est dans ce combat que se construit l’avenir.

Combattre le catastrophisme.

Dans nos congrès, mieux on dénonce, plus on est applaudi. Le catastrophisme est démobilisateur, il insulte les luttes et les résultats obtenus par les générations successives. Ex de la Goutte d’Or: c’est un quartier où dominaient les taudis, les maisons de passe, la saleté. On est en train de détruire les dernières maisons insalubres, les maisons de passe ont disparu, une partie de la population a été relogée sur place. Une partie importante des mécontentements sur le quartier vient précisément du fait que la Goutte d’Or est en passe de devenir un quartier normal.

Autre sujet de catastrophisme: l’immigration. Elles est réduite à la misère, aux sans papiers, aux victimes. Mais elle est aussi une chance pour des millions d’hommes de mieux vivre, d’échapper à la famine et aux guerres, elle ouvre des perspectives d’avenir et de nouvelles libertés pour les enfants et pour les femmes. L’immigration est une chance pour le pays, mais aussi pour les immigrés.

Combattre les actions aristocratiques et élitistes, héritage du léninisme avant-gardiste. Le réformisme de gauche doit défendre la démocratie comme l’une de nos valeurs fondamentales, qui nous distingue des extrémismes. La droite mène une politique particulariste et communautariste, politique qui favorise les plus forts, les plus riches, les quartiers privilégiés. Cette politique communautariste provoque des réactions corporatistes et les mouvements d’ensemble peinent  à s’organiser. Selon les circonstances: les quartiers défavorisés vont flamber, les routiers bloquer les dépôts d’essence, les pêcheurs bloquer les ports, les agriculteurs les grandes surfaces. Ces mouvements particuliers sont le miroir d’une politique gouvernementale corporatiste. Aux cadeaux fiscaux pour les plus riches, aux avantages accordées aux population qui vivent dans les quartiers privilégiées, au financement public d’une formation élitiste qui favorise les enfants bien nés, répondent des actions parfois violentes de ceux qui ceux sont exclus. Une partie de la société est attirée par des modes d’action extrêmes. Le pouvoir les encourage: les colères apolitiques ne le menacent pas. Il revient au PS de ne pas souffler sur les braises. Il faut le dire à chaud, au moment des blocages, des séquestrations, des squats. Les squats, c’est formidable, mais si on soutient, si on fiche une sainte trouille aux millions de petits propriétaires en France, le résultat?

Un parti réformiste de gauche dégage les priorités, construit un intérêt général, construit la paix et la cohésion par la justice, le respect, la solidarité, l’inclusion. Défendre le bilan des gouvernements de gauche. Combattre les charlatans et les guérisseurs. Quand un paralysé sur des millions se lève et marche dans la grotte de Lourdes, on célèbre partout le miracle. Quand un malade sur des millions sort de l’hôpital et qu’il boîte encore, il fait un procès.

Le réformisme de gauche défend aussi la démocratie à l’échelle internationale. Devant les menaces du terrorisme intégriste nous sommes du côté de la démocratie. Nous sommes du côté des démocrates qui veulent construire une Europe démocratique. Mais pas de télégramme de félicitation au parti travailliste irlandais qui a tant contribué à l’intégration de l’Irlande en Europe. Pas de télégramme de félicitation au parti socialiste du Pays basque qui dirige une coalition avec le Parti populaire pour combattre la terreur de l’ETA. Au Proche Orient: le monde a publié un appel signé Lionel Jospin, Romano Prodi, Simone Weil, Alain Juppé, Michel Rocard, jean François Poncet, Hubert Védrine pour soutenir ensemble la politique de Barak Obama au Proche-Orient. Silence sur cette initiative qui dérange les simplifications.

Ma conviction: si on ne prend pas toutes ces questions à bras le corps, le Parti socialiste ne s’en sortira pas. Le pire n’est pas pour demain. Il est aujourd’hui. Actuellement, il y a des militants socialistes, il y des élus, des maires, des présidents de région. Il n’y a pas de parti socialiste.

Maurice Goldring

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