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Section du parti-socialiste de Paris

Daniel Vaillant: L’exécutif « ne facilite pas l’adhésion à la communauté nationale »

Par • 6 nov, 2009 • Catégorie: L'actu des élu(e)s

Le Parti socialiste a annoncé mardi qu’il ne participerait pas au débat sur l’identité nationale. Interrogé par leJDD.fr, Daniel Vaillant, ancien ministre socialiste de l’Intérieur (1997-2002) aujourd’hui maire du 18e arrondissement parisien, considère que ce débat a une « vraie légitimité » même s’il n’est qu’une « manœuvre politicienne » de l’Elysée.

Considérez-vous légitime le débat sur l’identité nationale lancé par le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale Eric Besson, ou est-ce une opération purement politique?

Je pense que c’est les deux. D’une part, il y a une initiative politicienne de Nicolas Sarkozy, mise en œuvre par Eric Besson à quelques mois des élections régionales, pour faire oublier la panne économique et sociale du pays. L’exécutif essaye également de récupérer des voix que l’UMP a peur de voir se disperser. Mais d’autre part, les socialistes ne doivent pas pour autant avoir peur d’un débat sur l’identité nationale car c’est un sujet sur lequel ils sont très à l’aise. En 2005, les socialistes se sont opposés à un projet de loi de la droite dont l’article 4 faisait référence aux « aspects positifs de la colonisation. L’identité nationale, c’est remettre en cause les erreurs du passé, comme la colonisation.

Selon plusieurs élus socialistes, un débat sur l’identité nationale peut dériver sur la question de l’intégration?

La dérive sera immédiate si s’incruste, au sein du débat, la notion de communautarisme. L’immigration est aujourd’hui un sujet mal maîtrisé car on ne se donne pas les moyens de le traiter. Et c’est une conséquence directe des actes du gouvernement actuel. Franchement, accoler l’immigration à l’identité nationale, au sein d’un ministère, est une faute politique. Nous l’avons dit à l’époque où Brice Hortefeux a été nommé à la tête de ce ministère. Ce qui vaut pour lui vaut pour Besson. Sauf qu’Hortefeux a eu le titre et en est resté là.

« »Le contrat social est aujourd’hui en panne, la question de l’intégration n’ayant pas été posée »»
L’identité nationale fait-elle débat au sein du PS?

Il y a eu un bureau national sur cette question. Au-delà de la décision des instances du parti, nous sommes unanimes sur un point: il n’y a qu’une communauté en France, c’est la communauté nationale fondée sur la République, ses trois valeurs « liberté, égalité, fraternité » auxquelles j’ajoute la laïcité – c’est-à-dire la tolérance envers toute religion. La gauche plurielle a toutefois déjà abordé les conditions d’appartenance à cette communauté. Le service civique obligatoire, que j’avais proposé, est un exemple d’initiative destiné à renforcer l’identité nationale, car il est un investissement républicain. Est-ce que le gouvernement est prêt à le défendre ou préfère-t-il en rester au volontariat, au bénévolat civique actuellement en vigueur?

Que pensez-vous de la remise en valeur, évoquée par Eric Besson, des symboles de la République, comme l’hymne national?

Il n’aurait pas fallu avoir à les remettre en valeur. Mon fils de six ans chantonne la Marseillaise, et je ne lui ai pas mis dans le crâne pour autant. Ces symboles sont un faux problème, l’arbre qui cache la forêt. La véritable question est: comment réalise-t-on l’intégration sociale des Français ou des immigrés en situation irrégulière dans notre pays? Le contrat social, une spécificité française, est aujourd’hui en panne, dans certains quartiers urbains périphériques, où des fractures se produisent, la question de cette intégration n’ayant pas été suffisamment posée par l’Etat. Cela porte atteinte à la communauté nationale et donc à l’identité nationale.

Et, selon vous, cette atteinte est le fait du gouvernement?

A cause de la politique sociale mais aussi du bouclier fiscal voulus par le gouvernement, nombreux sont ceux qui ne trouvent pas leur place en France. Il y a eu des faiblesses, des défaillances notamment dans l’organisation des territoires: certains d’entre eux se désertifient, d’autres voient grimper leurs statistiques d’échec scolaire ou de chômage de longue durée. Ces facteurs, bien éloignés de la république sociale défendue par la gauche, ne facilitent pas l’adhésion à la communauté nationale.

La crise économique est aussi une des causes de la remise en question du sentiment d’appartenance à la Nation…

Cette crise, latente depuis de très nombreuses années, est même à l’origine de la nécessité de débattre d’identité nationale. Quand la France avait un chômage résiduel [sous le gouvernement Jospin], qu’elle était en croissance donc en progrès social, la question ne se posait pas. Quand j’étais ministre de l’Intérieur, le Medef souhaitait encourager l’immigration pour répondre aux offres d’emploi qui étaient à pourvoir faute de chômeurs. Et aujourd’hui, on conduit des campagnes sous fond d’insécurité pour transformer en « boucs-émissaires de la crise » ces immigrés en situation régulière, qui ont participé au bon fonctionnement de notre économie.

Propos recueillis par G.V. – leJDD.fr
Mardi 03 Novembre 200

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