Section 18ème arrondissement Chapelle Goutte d'Or

Section du parti-socialiste de Paris

École et mixité sociale

Par • 24 mar, 2009 • Catégorie: Coup de coeur / coup de gueule des militants

Dans les réunions des conseils de quartier de la Goutte d’Or, il apparaît comme une évidence que la population scolaire est l’image inversée des présents. Les parents dont les enfants sont le plus en difficulté ne sont pas là.

 Le conseil du quartier dit d’abord cela : la mixité sociale fonctionne pour les habitants, elle ne fonctionne pas à l’école. Si les présents habitent ou travaillent dans le quartier, c’est que pour eux, la vie y est possible et parfois même agréable. Les raisons sont multiples : le prix du logement où du loyer permet d’habiter au cœur de Paris dans des logements relativement plus confortables, avec de bons moyens de transport, les cafés, les théâtres, les cinémas, sont à quelques minutes, souvent accessibles à pied. Il est possible d’y commercer légalement et illégalement. Les associations et la police agissent comme des protections efficaces contre les dérives de la misère urbaine et assurent une sécurité acceptable. La mixité sociale existe, les couches moyennes y trouvent leur compte et les plus pauvres savent que la présence de ces couches moyennes est aussi une protection pour eux : la fuite sociale des présents à cette réunion du quartier réduirait la Goutte d’Or à un territoire abandonné où la misère concentrée crée l’enfer des ghettos.

Cette mixité ne se retrouve pas dans les écoles, et plus on monte, moins elle existe. On la trouve dans les maternelles, moins dans les écoles primaires, et pratiquement plus dans le collège. Les nouvelles règles de carte scolaire ont encore accentué la fuite sociale, mais elle ne l’a pas créée. Elle existait déjà largement. Les enseignants les plus motivés, les plus compétents, les plus acharnés à construire un avenir pour les enfants du quartier ne mettent généralement pas leurs enfants dans ces écoles. Les élus mènent une action louable et efficace pour améliorer les établissements, mais ils mettent généralement leurs enfants ailleurs.

 Du point de vue de la mixité, le quartier est un succès et les écoles sont un échec. Il faut partir de ce constat pour construire une politique. Deux voies semblent se dégager. La première multiplie les actions qui aident la population scolaire telle qu’elle est actuellement à mieux réussir son cursus. Les activités scolaires, péri et post-scolaires vont dans ce sens. La seconde tente d’introduire une vraie mixité sociale en partant d’une idée simple : pour que les parents des couches moyennes laissent leurs enfants dans les écoles de leur quartier, il faut qu’ils y trouvent autant de motivations que celles qu’ils trouvent à résider dans le quartier. C’est à dire des pôles d’excellence, des filières de niveau qui les aideront à intégrer les meilleurs établissements. Ces deux voies paraissent contradictoires. Plus on introduit des méthodes correspondant à la population scolaire telle qu’elle est,  plus l’autre population va aller chercher ailleurs des établissements qui correspondront à leurs intérêts et à leur ambition  Dire que le programme scolaire est le même que partout ailleurs n’aide en rien parce que ce qui compte est la réussite et pas le programme.

 Dans sa politique sociale, culturelle, commerciale, la gauche a toujours encouragé la mixité. Les taudis ont été détruits et remplacés par des immeubles neufs où les critères d’admission ne sont pas seulement l’urgence. La gauche a toujours refusé la construction d’un lycée dans le quartier par crainte de la ghettoïsation. On peut lui reprocher d’accepter la ghettoïsation des écoles simplement parce qu’elle existe déjà et qu’il est plus difficile de changer ce qui existe que de construire du neuf.

 La gauche a l’ambition de construire la paix et la cohésion sociales par la justice, le respect, la solidarité, l’inclusion dans tous les domaines. Quand le quartier, l’école, le travail, dévalorisent l’individu, la reconquête de la dignité perdue se trouve parfois dans le retrait d’une communauté rêvée ou réelle. Le retrait communautaire résulte souvent de l’humiliation d’être à la place que le lieu de naissance, le sexe, l’origine, la couleur de la peau, vous ont assignée. En l’absence de diplômes ou de salaires, on se réfugie dans les valeurs qui vous disent le contraire de votre situation sociale : vous êtes important parce que vous êtes né là où vous êtes nés, vous êtes important parce que vous croyez ce que vous croyez. Ceux qui disposent du capital culturel et matériel qui leur permet d’intervenir dans leur vie et dans celle de la cité auront tendance à se dégager de leur communauté. Pourtant, ils auront aussi tendance à admirer les replis sur la nation, sur la classe ou le quartier. Paradoxalement, « aider » les gens à rester chez eux, entre eux, peut contribuer à l’enfermement. On comprend que les privilégiés soient tentés par cet égoïsme charitable. C’est la garantie que les exclus resteront chez eux et ne viendront pas les concurrencer sur leur terrain.

Maurice Goldring

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